Les Traboules, association de recherches sociologiques et ethnologiques

Textes: Article


La « planète échangiste » à travers ses petites annonces


Daniel WELZER-LANG

1997




Pour les besoins de la prévention sida, après avoir étudié les backrooms gais (1) et en même temps que s'engageait l'étude sur les abus dits sexuels en prison (2), nous avons été amené-e-s à investiguer ce qu'il faut bien appeler « la planète échangiste » et ses différents espaces. Ce premier article sur notre recherche présente l'échangisme, à travers les petites annonces de rencontre.

C'est presque par hasard, et alors que nous discutions avec des collègues que nous avons appris l'existence des établissements « pour couples ». Nos premières visites dans les clubs échangistes (3) en 1993 nous ont fortement étonné-e-s. Difficile d'imaginer (ou de décrire) ce climat particulier où hommes et femmes se livrent à des scènes de sexualités collectives devant tous et toutes, cette impression, une fois franchie la porte d'un club ou d'un sauna, de pénétrer dans un « autre monde ». Sans être ni particulièrement prudes, ni même naïfs ou novices dans notre propre gestion des sexualités, il faut avouer notre stupéfaction ; celle des mes collaborateurs et collaboratrices et la mienne. Mais l'étonnement, la stupeur, a vite fait place à la consternation : moins de 10% de rapports sexuels étaient protégés. Par la suite, avec l'aide de l'A.F.L.S., puis de la Division Sida de la D.G.S., et d'un contrat A.N.R.S. (4), nous avons donc décidé d'essayer de comprendre comment étayer les messages de prévention dans ces espaces qui semblent bien être parmi les oubliés de la prévention sida. Notre recherche ethnographique sur la « planète échangiste » a duré 4 années, elle a aidé à fonder l'association C.C.S. (Couples contre le sida) (5).

Rappelons que nos études se situent dans une problématique de rapports sociaux de sexe, de genre. Autrement dit, nous pensons que la sexualité entre hommes et femmes est à recontextualiser dans les rapports de domination que subissent — encore — les femmes. Sous des prétextes de « naturalité » (des femmes) et de différences (entre hommes et femmes) nos sociétés ont construit différemment les érotismes masculins et féminins. La prévention doit alors comprendre les effets des constructions différenciées des genres ; comment, par exemple, le risque pour beaucoup de femmes ne relève pas d'éventuels rapports sexuels non-protégés, mais réside bien plus dans le mode de vie polygame de leur conjoint, susceptible de leur occasionner des infections multiples et variées.
Pour l'instant les sciences sociales se sont — un peu — préoccupées de la polygamie. Mais exceptés quelques travaux historiques ou épistémologiques (6), les savant-e-s se sont plus intéressé-e-s aux polygamies extérieures à nos sociétés (7). Tout se passe comme si la fréquentation des travailleuses du sexe, les maîtresses et autres segments du dispositif de sexualité étaient à maintenir dans le secret collectif que partagent les dominants (et certaines femmes affectées aux services sexuels de ces derniers), dispositif qui doit envers et contre tout paraître extérieur aux compagnes et épouses des clients et amants. La domination masculine, comme toute domination, est structurée sur l'opacité des pratiques des dominants.

La planète échangiste
La planète échangiste se compose de différents espaces. Il y a les lieux « fermés » de rencontres : les clubs, les saunas et soirées privées ; les lieux ouverts, ou externes, de drague ou d'exhibition (parcelles de l'espace public souvent situées à proximité des lieux gais), les lieux de tourisme sexuel (dont le Cap d'Agde Naturiste qui représente le plus gros centre européen de rencontres), les minitels et les revues de petites annonces « pour couples »…
Durant ces quatre années d'étude nous avons vu une extension très importante du nombre d'établissements. Un exemple : à Lyon, lorsque nous avons commencé en 1993, il existait 9 lieux de rencontre, aujourd'hui nous en avons plus d'une vingtaine. De même si l'on peut supputer a priori les motivations d'un couple de la quarantaine qui veut raviver son érotisme, il est plus surprenant de constater dans certains lieux la présence grandissante de jeunes couples entre 20 et 30 ans dont certains n'ont que quelques mois de mariage. A partir de nos comptages empiriques, des chiffres de vente de revues, et de différents indicateurs, on peut estimer la population échangiste en France entre 300 et 400 000 personnes.

Le schéma ci-joint en donne un aperçu sommaire.



Nota : les soirées privées figurent plusieurs fois car elles s'articulent de manières diversifiées à la planète échangiste.

Les adeptes de l'échangisme composent et recomposent chacun-e leur propre « planète » en fréquentant un ou plusieurs espaces particuliers.

Les petites annonces (PA) « pour couples »
Deux grandes revues nationales rassemblent les PA : une est diffusée dans les kiosques, l'autre en sex-shop. Dans le Sud de la France une autre revue mêle articles et annonces. Dans l'ensemble de ces revues, se trouvent aussi les adresses des établissements. De plus, dans les sex-shops et les kiosques, d'autres revues d'annonces sont centrées sur l'image : production et vente de K7, annonces pour tournages ou rencontres… Dans l'ensemble de ces médias, les annonces sont souvent accompagnées de photos : photos de sexe féminins et masculins plus ou moins excités, photos de pénétrations ou encore photos de plein pied qui présentent les annonceurs et annonceuses. Bien souvent, une impression très pornographique se dégage de l'ensemble de ces illustrations.

Pour essayer de savoir qui sont les échangistes nous avons étudié la revue Swing grand public ; mensuel vendu 50F en kiosque et qui a vu, elle aussi, une importante progression de son audience. En 1994, 850 annonces gratuites étaient diffusées, plus de 2000 le sont aujourd'hui. Ce sont ces petites annonces que nous allons présenter. Bien évidemment ce — court — article est incomplet, le rapport final de la recherche est en cours de rédaction.

Les résultats qui suivent et à travers lesquels nous allons nous apercevoir que l'échangisme n'est pas si linéaire que le terme semble le suggérer, sont le fruit de trois protocoles de recherches parallèles. Dans un premier temps, nous avons soumis un numéro entier de revue à une analyse lexicométrique (8). Puis dans un second temps, nous avons voulu affiner nos résultats en étudiant de manière qualitative les 1000 premières annonces du numéro 38 de la même revue. Enfin, un de nos informateurs nous a offert un paquet de 230 lettres de réponses aux petites annonces qu'il passe régulièrement, dont nous avons analysé le contenu. Celles-ci se décomposent en 189 lettres de réponses à des petites annonces et 41 propositions plus ou moins commerciales(9) .

Les annonces :
Chaque annonce répond à une conformité de longueur et de structure, tout en gardant sa liberté de style. Elle comporte en général 3-4 lignes, quelques fois 5 lignes (jusqu'à 8 lignes). Obligatoirement, au début de chaque annonce nous retrouvons le numéro du département ou des départements de la recherche, ou bien le nom de la région choisie. Ensuite, une brève auto-présentation s'effectue : par sexe, âge, parfois le statut socio-professionnel, suivis de quelques caractéristiques physiques et, de temps en temps, certains critères esthétiques et moraux. La troisième partie est réservée à la présentation plus au moins détaillée des partenaires recherché-e-s - leurs sexe (genre), âge, profession ou profil social, paramètres physiques. En quatrième place, viennent les motivations spécifiques de la recherche et pourquoi on cherche. Dans certaines annonces on trouve des détails autobiographiques : on raconte un moment, un fait, une rencontre ou une séparation, quelque chose qui s'est passé et qui a laissé des marques. Là, on peut découvrir les raisons profondes du comportement échangiste et notamment comment et quand on s'est intéressé à Swing, revue qui emblématise l'échangisme ; mais ces détails sont rares. En cinquième place, on détermine des conditions, des exigences, des interdits : ce qui est spécialement demandé ou ce qui est refusé et exclu par l'annonceur/euse. Avant la fin de chaque texte, on précise la forme sous laquelle le contact devrait s'établir (par écrit, par téléphone, etc.). Cette partie, comme les départements au début, se révèle absolument caractéristique, elle est présente dans chaque annonce. Et presque toujours on termine avec 2-3 mots "sympas", gentils - "à bientôt, bises, bisous, milles bises" ... Seul un nombre limité d'annonces échappe à cette logique.

L'échangisme : un espace circulatoire
L'introduction des "codes-clés" dans le texte du corpus de Swing n° 24 (824 annonces) nous a permis de repérer les départements les plus demandés. En première et en deuxième place se trouvent Paris [75] – 172 fois (20%), et "Région Parisienne" sans précision de département – 148 fois (17,2 %). En troisième place, c'est "Toutes Régions de France" [TR] – 140 fois (16,3%). En quatrième place, c'est le "Rhône" [69] – 59 fois, et la ville de Lyon – 9 fois ; donc pour le département au total 68 fois (7,9 %). En cinquième place, ce sont les "Bouches du Rhône" [13] – 47 fois, et la ville de Marseille – 5 fois ; soit au total 52 fois (6,1 %). En sixième place, ce sont les "Alpes Maritimes" [06] et le "Nord" [59] avec 38 fois chacun (4,4 %). Toulouse et la "Haute-Garonne" [31], prennent eux, respectivement la 15è et la 16è places.
Le classement général par département n'échappe pas à la logique des plus grands centres urbains : Paris, Lyon, Marseille, (respectivement leurs départements sont les plus demandés). Ils sont suivis par Nice, Lille, Grenoble, Bordeaux, Metz, Toulon, Annecy, Nancy, Dijon, Montpellier et Rouen. Toutefois, des départements comme l'"Oise" [60] avec Beauvais, et "l'Ain" [01] avec Bourg en Bresse restent parmi les 10 en tête du classement : cela demanderait un autre type d'interprétation.
Les deux avant-dernières places – les 31è et 32è – sont occupées par des départements comme les "Hautes Pyrénées" (Tarbes) [65], le "Tarn et Garonne" (Montauban) [82], le "Gers" (Auch), la Guadeloupe [97…].
La dernière place est celle des départements les moins peuplés : les "Hautes-Alpes" [05], l'"Ardèche" [07], les "Ardennes" [08] et la "Lozère" [48], qui ne sont recherchés qu'une seule fois.

Ce qui nous semble intéressant dans ce "classement", c'est notamment le choix de la "Région Parisienne" sans département et "Toutes Régions de France" qui occupent la première et la troisième place. Ceci témoigne d'un dynamisme étonnant et de possibilités de déplacement incroyables auxquels se déclarent prêts les "amis de Swing". Ceci confirme nos hypothèses quant à la caractérisation de la planète échangiste comme espace circulatoire. Effectivement, 147 personnes (17%) utilisent la mention"prêts à se déplacer" . Un sixième de la population globale est très "disponible" (terme apparu 33 fois dans le corpus). De plus, des mots comme "environs", "alentours", "limitrophes", etc. apparaissent souvent et complètent ainsi la recherche par département. Par exemple : "et 200 km alentours" ou "300 km alentours" ... Dans ce cas, "peut loger", "héberger", "recevoir", "accueillir" sont des mentions fréquentes.
Ceci est largement vérifié par notre étude sur le terrain : ainsi un couple, ou une personne, après un court contact par minitel, suivi d'un rapide échange au téléphone, n'hésite pas à faire 100 à 200 km pour rencontrer des partenaires sexuels.

Il est évident que la recherche Swing dépasse largement les frontières nationales. Des "tours" dans des pays voisins – la Belgique (12 fois citée), la Suisse, l'Italie et l'Allemagne – sont relativement souvent pratiqués. Ces pays ont été plus souvent rencontrés dans le texte que la Bretagne et l'Ardèche... C'est grâce à eux que Swing augmente le nombre de ses "lecteurs" ; les "amis" Belges, Suisses, Allemands et Italiens sont toujours bienvenus et des contacts nouveaux se préparent. L'échangisme prend de plus en plus de connotations internationales. Même les États Unis sont cités quelques fois dans Swing 24… Une autre spécificité, c'est qu'à travers les annonces on recherche des endroits ou des "partenaires" pour passer des vacances ou pour partir en voyage. Parmi les lieux de séjours le plus cités – le Cap d'Agde, la Côte d'Azur – la mer et le Sud détiennent la priorité, mais on voit également apparaître "à la montagne" (en France, en Italie, en Suisse) ou "à la campagne" ...

L'échangisme : une histoire de couple ?
"Une population avant tout masculine"

Au risque d'en décevoir certain-e-s, le comptage des petites annonces de Swing 38, comme la fréquentation des clubs et des lieux externes oblige à faire éclater un premier mythe. Non l'échangisme n'est pas une affaire exclusive de couples.

Types de petites annonces (Swing n° 38)
Nombre de petites annonces
Pourcentage
Couple
388
38. 8 %
Homme seul
512
51. 2 %
Femme seule
35
3,5%
Homme Travesti
19 (3)
1. 9 %
Duos ou Groupe h
7
0. 7 %
Duos ou groupe f
1
0. 1 %
Groupes mixtes (1)
16
1. 6 %
Duos Mixtes(2)
22
2,2%
Total
1000
100%

(1) Groupe d'hommes et de femmes sans précision de liens érotiques ou conjugaux
(2) Couple H-F se présentant sans lien conjugal ou érotique
(3) Ce chiffre passe à 27 si on intègre les travestis occasionnels

Un échangiste sur deux est un homme seul, les couples représentent à peine 40% des annonces, le reste est varié : hommes travestis, groupes et quelques femmes seules. De plus, les hommes sont omniprésents dans les PA comme dans l'ensemble des espaces dits non-conformistes. Seules moins de 4% des femmes ne sont pas « accompagnées ».

Type de petites annonces
Nombre de petites annonces
% du corpus
Avec au moins un homme
964
96. 4 %
Ne comprenant que des H
538
53. 8 %
Au moins une femme
462
46. 2 %
Ne comprenant que des F
36
3. 6 %

Et on retrouve des chiffres similaires parmi ceux et celles qui ont passé des annonces dans Swing 24. Il y a trois catégories prédominantes : 409 hommes (47,7 %), 313 couples "mariés" ou "non mariés" (36,5 %), et 71 femmes (8,3 %). Vingt autres personnes se sont déclarées "travesti" ; 14 "photographe" ; 6 "groupe" ; 3 "vidéaste" ; 1 "lesbienne" ; 1 "transsexuelle". Nous pouvons les regrouper dans une quatrième catégorie.

Homme
409
47,7 %
Couple
313
36,5 %
Femme
71
8,3 %
Travesti
20
2,3 %
Photographe
14
1,6 %
Groupe
7
0,8 %
Vidéaste
3

Transsex
1

Lesbienne
1


Au total, les rubriques homme "seul", "homme en couple" et "photographe", totalisent 739 hommes "annonceurs" (86,1 %). Les"femmes seules" plus "femmes en couple" ou "accompagnées" en comptent 384 (44, 8 %). La population étudiée est composée de 2 fois plus d'hommes que de femmes.

Les femmes seules qui "osent" passer des annonces dans Swing sont très peu nombreuses. Swing, à l'image de la planète, reste encore un "territoire" majoritairement masculin. Ce sont surtout les hommes qui recherchent des partenaires (409) ; un peu moins souvent ils amènent avec eux ou ils présentent leurs femmes, amies, etc. qui, dans ce cas-là, restent toujours « femmes en compagnie de... » (313). Voilà pourquoi le nombre de couples qui ont passé des annonces est lui aussi important. Toutefois, on remarque que lorsqu'on présente le "couple-annonceur", on décrit plus souvent la femme que l'homme, tandis que dans la majorité des cas, c'est l'homme qui parle ou qui "présente". Voici quelques formes linguistiques qui aident à dévoiler ce phénomène : on parle de "femme, s offerte, s" (expression citée 30 fois), "femme, s accompagnée, s" (12 fois parmi les "annonceurs" et 41 au total avec les demandes), "femme, s présentée, s par ... " (14 fois), "en présence de leur mari, ami..." (18 fois) ou "homme qui possède, possédant ... " (31 fois), etc. Ainsi le mot "Elle" a été rencontré 279 fois (32,5 %), et "Lui" 222 fois (27,8 %).

Quant aux lettres échangées, à savoir 189 lettres de réponses à des petites annonces, ceux et celles qui ont l’initiative de la lettre sont à:
- 92 % des hommes (174)
-3.8 % des femmes (7)
-3.2% des couples ( 6)
-1% indéterminés (2)

Ce que l'on nomme échangisme correspond à un territoire composé majoritairement d'hommes où la moitié des hommes sont des hommes seuls en quête de sexe, où les couples représentent près de 40% des demandes et où les femmes seules sont rares. De plus, ce sont les hommes qui impulsent et contrôlent les flux d'échanges sexuels.
A l'instar de nos sociétés patriarcales, les formes de sexualités que les adeptes nomment non-conformistes, libérées, coquines, sexy…  sont dominées par les hommes.


Quelles sont les demandes des personnes ?

Quand on croise la population qui passe les annonces et les demandes, nous avons un état comparé de l'offre et la demande échangiste. Le tableau suivant montre la situation du n° 38 : 1000 petites annonces totalisent 1879 demandes.

Demande
=>

Annonceurs/euses
Nombre de
demandes
énoncées
Couple
Homme seul
Femme seule
Homme
Travesti
Duos ou
groupe H
Duos ou groupe F
Groupes mixtes Nombre
d'offres
Couples
388
718
328
45. 6%
116
16. 1 %
218
30,3 %
8
1,1%
21
2.9%
4
0.1%
23
3.2%
388
Hommes seuls
512
957
349
36.5%
64
6,6%
451
46,6%
41
4,2%
6
0,6%
34
3.5%
12
1,2%
512
Femmes seule
35
59
14
23.7%
21
35.6%
20
33.9%
2
3,4%
2
3.4%
0
0
35
Hommes Travestis
19
44
11
25%
14
31,8%
9
20,4%
7
15.9%
1
2.3%
2
4.5%
0
19
Duos ou
groupe H
13
5
38.5%
0
6
46.1%
0
0
2
15.4%
0
7
Duos ou
groupe F
1
3
2
1
1
0
0
0
0
1
Groupes mixtes
16
37
15
40.5%
5
13.5%
13
35.1%
0
0
4
10.8%
0
16
Duos
Mixtes
22
48
18
37,5%
8
16,6%
16
33,3%
2
4,1%
2
4,1%
0
2
4,1%
22
Total
demandes
1879
741
229
734
60
32
46
37
Pour
1000
offres

100 %
39,4%
12.1%
39%
3.2%
1.7%
2.4%
1.9%


* Lecture horizontale : exemple : 388 petites annonces formulées par des couples contiennent 718 demandes : 328 petites annonces s'adressent à des couples, 116 à des "homme seul", 218 à des "femme seule", etc.
* Lecture verticale : exemple : sur 1000 petites annonces, 734 recherchent, entre autres, des "femme seule".

Nous avons alors une vision des plus contrastées des demandes. Les résultats de l'étude de Swing n° 24 sont concordants. Mais l'analyse lexicographique nous permet d'associer des attributs aux différentes demandes.
Quand on est un couple, on cherche d'abord un autre couple (45,6%), puis une femme seule (30,3%), mais aussi un homme seul (16,1%). Parfois aussi, même si ces demandes apparaissent très minoritaires, un travesti, un groupe d'hommes… Les hommes seuls veulent d'abord une ou des femme-s (50,1%), puis un couple (36,5%), mais aussi un autre homme seul ou un travesti (10,8%).
Quant aux femmes seules, elles cherchent d'abord des hommes seuls (35,6%) suivi de près par des femmes seules (33,9%) et des couples (23,7%) ; plus rarement des travestis (3,4%) et des groupes d'hommes (3,4%). L'analyse lexico nous apprend qu'elles se déclarent le plus souvent "seules", "libres", "séparées"... et cherchent alors un homme ou une femme. Quand elles sont "mariées" elles cherchent avant tout une "femme" pour leur époux, ami, etc. et pour elles-mêmes ; un autre homme, rarement et "si affinités"…


L'ensemble nous permet d'établir une population des petites annonces qui se décline en cinq catégories :

1ère catégorie Swing - ce sont des hommes "seuls" qui cherchent des partenaires ou parfois, des "sujets" de photo-vidéo. Il y en a parmi eux certains qui "organisent" aussi des "rencontres" avec plusieurs femmes ou couples (ce cas a été rencontré 15 fois) (10). Cette catégorie, composée uniquement des hommes, est la plus nombreuse. L'analyse de leurs interviews réalisées à travers l'ethnographie des clubs nous montre une population d'hommes souvent en couples qui vivent des formes usuelles de polygamies : structure dichotomique entre le privé (leur famille, leur femme, mère de leurs enfants) et le public où ils fréquentent sex-shops, clubs non-conformistes. Souvent anciens clients de prostitué-e-s reconvertis dans la consommation échangiste, ce sont des grands utilisateurs de pornographie. Ils divisent les femmes entre les « mamans » et les « salopes », catégorie qui s'est progressivement substituée à celle des « putains » décrite par la littérature féministe. Ces hommes sont certainement les plus dominants de la planète.

- 2ème catégorie - "hommes en couple" qui cherchent des partenaires tout en restant en couple. Eux veulent contrôler, préserver le couple ou son image ; pour ce faire ils introduisent certaines limites dans les relations. La pénétration sexuelle, par exemple n'est pas toujours demandée ou obligatoire. Ainsi 56 couples contre 327 excluent explicitement le coït dans les rencontres recherchées (Swing n°38). Ces hommes essaient de dépasser l'actuel clivage masculin en associant leur compagne de vie à leurs jeux sexuels. On a ici une expression sous contrôle masculin d'une forme d'utopie conjugale (11) exprimée dans l'échangisme de voir étendu le moi-sexuel du couple. Ces hommes sont les moins nombreux.

- 3ème catégorie Swing - ce sont les femmes "accompagnées", amenées et présentées par leurs maris, disent les PA, amis ou "protecteurs". Souvent ces femmes viennent sur la planète pour faire plaisir à leur compagnon, parfois aussi sous contraintes ou menaces. Celles qui y restent trouvent des satisfactions secondaires dans les rapports aux autres femmes. Femmes dominées, notamment dans la puissance (op)pression esthétique qui s'exerce sur elles en permanence, elles affichent une fierté de connaître des territoires réputés masculins.

- 4ème catégorie - les femmes "libres"; souvent affichées "bissex", peu nombreuses ; elles cherchent surtout d'autres femmes ou couples dont la femme est bissex, moins souvent - "un (des) homme, s".

- 5ème catégorie - "autre, s" : les travestis, groupes d'hommes, de femmes ou mixtes. Ce sont les moins nombreux et nombreuses dans les petites annonces. Situé-e-s aux frontières de l'échangisme, ils/elles sont souvent dans une culture de sex-shop et de pornographie.

L'érotisme et les petites annonces
Nous avons cherché à distinguer les différents érotismes qui se donnent à lire dans les PA. Il s'agissait de voir comment les petites annonces permettent d'envisager les relations entre les futur-e-s partenaires. L'étude nous a appris que la recherche d'érotisme en couple pose problème. D'une part, la « négociation » ne semble pas une évidence pour certains conjoints, leur femme est supposée s'adapter à leurs fantasmes. Et pour ceux et celles qui veulent « négocier » ils/elles se heurtent aux effets des constructions différenciées de genre.

Pour Alberoni, deux “genres littéraires”, la pornographie et le roman sentimental, mettent particulièrement bien en relief les imaginaires distincts qui structurent ces deux érotismes, et les "danses nuptiales" qui les ritualisent : “L'érotisme féminin a besoin d’étapes en douceur, par paliers presque insensibles. L’homme veut tout, et tout de suite. Tel qu’il se présente spontanément, le désir de l’homme est toujours invasion, intrusion brutale et violente." (12) L'érotisme est alors perçu comme un "processus dialectique qui va du continu au discontinu", qui sous-tend "l'axe porteur de la différence féminin-masculin". C'est sur cette différence masculin-féminin, en terme de préférence pour le discontinu ou le continu, que repose la double polarité de l'érotisme :
- le pôle féminin de l'érotisme, c'est l'érotisation de la continuité : intime relation entre éros des corps et éros des coeurs, entre plaisir sexuel et émotion affective, etc. Ce que nous appellerons "éros sentimental". L'érotisme féminin est cosmogonique et ne dissocie pas l'acte sexuel lui-même, ses images et les conditions sociales, affectives mais aussi géographiques, climatiques de sa réalisation. C'est d'ailleurs cela qui pousse certaines femmes, même parmi celles qui ont identifié leurs désirs sexuels, à affirmer qu'elles n'ont pas de fantasmes.
- le pôle masculin de l'érotisme, c'est l'érotisation de la discontinuité : dissociation entre sexualité et lien sentimental, entre valeur érotique et valeur globale de "l'objet" de son désir, etc. Ce que nous appellerons "éros fragmenté, souvent pornographique" (13). Les hommes érotisent des bouts : bouts de corps, de situations, de scènes… Souvent ils associent cet érotisme à leur position sociale où ils assimilent virilité (désir masculin) et position sociale des hommes (pouvoir).

Les petites annonces peuvent alors être considérées comme une des surfaces d'émergence du discours sur les « négociations » de couples (14). « Il est important de bien voir que le moi est en partie un objet cérémoniel et sacré, qu'il convient de traiter avec le soin rituel qui s'impose et que l'on doit présenter aux autres sous un jour convenable. L'un des moyens par lesquels ce moi se constitue est la bonne tenue de l'individu vis-à-vis des autres et la déférence de ceux-ci à son égard (15). En nous inspirant de ce point de vue de Goffmann, nous avons utilisé les informations relatives à la tenue et à la déférence, pour classer les petites annonces de Swing 38. On imagine assez facilement les difficultés que nous avons rencontrées dès qu'il s'est agi de passer au stade classificatoire.

- pour le pôle érotique masculin, la présentation de soi et la formulation de la demande peuvent être sous la forme suivante : “Cherche corps à jouir pour bêtes à plaisir” (16)

• (...) JEUNE HOMME, 31 ans, 1m79/73 kg, passif, cherche mâle viril, bien membré, pour relation de plaisirs au masculin. Aime sucer, masturber et plus si entente. Mûrs, poilus, vicieux, ne pas s'abstenir. Photo appréciée. Discrétion et réponse assurées.
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- pour le pôle féminin de l'érotisme, tenue et déférence respectent l'ordre cérémoniel des rapports sociaux.

• (...)JEUNE CHIRURGIEN dentiste cherche FEMME ou JEUNE FEMME, âge indifférent, pour sorties, restau et complicité totale. Si tu es douce, sexy et que tu aimes te faire dorloter, réponds-moi. Bisous. Cf. petites annonces
• (...) COUPLE, 31/36 ans, habitant le Sud de la France à 10 km de la mer, proposons une semaine de vacances et plus si affinités en juillet ou août, à JEUNE FEMME bissex. Elle sera nôtre hôte et partagera en notre compagnie tous les bons moments de la vie : resto, plage et intimité. Merci de répondre avec photo, rendue, et téléphone pour contact rapide. A très bientôt.
• (...) Pour prochains congés JEUNE FEMME, 39 ans, mariée, 1m60/51 kg, cherche pour elle seule, JEUNE FEMME pour rencontres entre femmes uniquement, basées sur sorties, cinés, restau, magasins et sexe bien sûr. La souhaite sexy, physique agréable et très libérée. Tous types de relation peuvent être proposés car très ouverte.
Attend photos et courrier explicite, direct et sans détours. Hommes exclus.

Quand les informations ne sont pas assez précises ou se contredisent, la petite annonce est classée en "pôle érotique indéterminé" : l'objet du désir n'est pas obscur, mais les propositions (d'offre ou de demande) sont formulées de façon assez neutre, sans mots crus, ni vulgarité.

Exemples :
• (...) STEPHANE, sympa, 24 ans, physique agréable, 1m78/65 kg, propose ses références à DAME, classe BCBG, au goût vestimentaire raffiné, 40 ans maxi. Si courrier avec photo réponse assurée. Contact libéré en Suisse et haute Savoie. Bisous à toutes.
• (...) JEUNE COUPLE, 19/24 ans, réalise bénévolement pour vous photos et vidéos pour le seul plaisir des yeux. Cherche aussi MODELE photo et vidéo pour poser seule ou avec ELLE. Tous renseignements si coordonnées et photo, visage découvert, rendue si désir. Se déplace ou reçoit. Homme seul ne pas écrire. Bon plaisir à tous.
• (...) ALEXANDRA, 1m65/50 kg, féminine, entreprenante, bissex, appréciant chaudes soirées, recherche COUPLE dont Femme coquine et tentée par des caresses. Beau TRAVESTI accepté. Photo demandée et rendue. Peut recevoir et se déplacer. Sensuelles pensées.

On arrive alors au classement suivant :

Orientation Erotique =>
Type de petites annonces t
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indéterminé
Nombre de
PA par type
Couple
62
15,6%
203
52. 3 %
123
31. 7 %
388
Hommes seuls
32
6.25%
380
74,2%
100
31.7%
512
Femmes seules
3
8.6%
24
68.6%
8
22.8%
35
Hommes travestis
0
17
89.4%
2
10.5%
19
Duos ou groupes/H
0
3
42.8%
4
57.2%
7
Duos ou groupes/F
0
0
1
1
Groupes mixtes
1
6.2%
11
68.7%
4
25%
16
Duos Mixtes
0
20
90,9%
2
9%
22
Nombre de PA par pôle
98
658
244
1000
% du corpus
9. 8 %
65. 8 %
24. 4 %
100 %

Classement par catégorie de sexe

* Les hommes

Petites annonces avec au moins un homme et orientation érotique
Orientation érotique =>
Type de petites annonces t
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indifférencié
Total
PA avec au moins un homme
95
634
235
944
% des PA avec au moins un homme
9. 8 %
65. 8 %
24. 4 %
100%

Pourcentage des petites annonces ne comprenant que des hommes et orientation érotique
Orientation érotique =>
Type de petites annonces t
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indifférencié
Total
PA non mixtes hommes
32
400
106
538
% des PA non mixtes hommes
5. 9%
74. 4 %
19. 7 %
100

* Les femmes

Petites annonces avec au moins une femme et orientation érotique
Orientation érotique =>
Type de petites annonces t
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indifférencié
Total
PA avec au moins une femme
66
258
138
462
% des PA avec au moins une femme
14. 28 %
55. 84 %
29. 87 %
100%

Pourcentage des petites annonces ne comprenant que des femmes et orientation érotique
Orientation érotique =>
Type de petites annonces t
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indifférencié
Total
PA non mixtes femmes
3
24
9
36
% des PA non mixtes femmes
8. 3 %
66. 6 %
25 %
100%

Quel que soit le mode de classement des PA, on constate :
- un éros pornographique omniprésent (entre 50% pour les couples et 90% pour les travestis), un éros sentimental faible (entre 0% et 15% quand on considère les annonces où apparaît au moins une femme) et une présence importante d'un pôle érotique indifférencié.
Non seulement, dans l'échangisme, les hommes contrôlent le sens des échanges des partenaires, mais en plus ils imposent leurs symboliques érotiques pornographiques. Mais pas besoin de si longues recherches pour s'en rendre compte : un rapide coup d'œil aux photos qui accompagnent les PA suffit à se faire une idée assez précise de la place omniprésente de la pornographie. Le point sur lequel cette étude amène d'autres éléments de réflexions est la tension entre les quelques annonces où apparaît un pôle érotique féminin et l'émergence du pôle érotique indifférencié.
Les couples, les femmes et les hommes qui jouent un érotisme féminin sur la scène échangiste sont minoritaires. Et nous avons recueilli des centaines de remarques souvent acerbes de femmes qui se plaignent du machisme des hommes, ou d'autres femmes. Elles critiquent alors les espaces non-conformistes en expliquant qu'elles n'y trouvent pas « leur compte », que « cela va trop vite », qu'« on ne les respecte pas comme femmes ». Dans les clubs et lieux de drague externes, elles doivent bien souvent s'adapter, céder aux désirs masculins ou disparaître de cette scène. Et l'omniprésence des images pornographiques dans les lieux clos ne fait que renforcer cette pression pour qu'elles cèdent à l'érotisme masculin. Quelques unes utiliseront justement les PA pour affirmer haut et fort leurs désirs de relations différentes, choisir très finement (avec échanges de lettres et photos préalables) leurs futurs partenaires de jeux sexuels.

D'autres ont réussi non pas à imposer leur forme d'érotisme, mais à ouvrir une négociation avec leurs conjoints ou amis de rencontre. C'est le sens que l'on peut donner à ce pôle indéterminé. Le pôle érotique indéterminé correspond à l'espace de négociation entre désirs érotiques masculins et féminins. Près d'un tiers des couples et un petit quart des femmes sont dans cette dynamique.
L'étude des pôles érotiques nous montre ce voisinage étonnant entre des hommes qui veulent imposer leur culture pornographique à leur conjointe et amies de rencontre et des femmes et des hommes qui essaient de vivre d'autres formes sexuelles où érotisme des hommes et érotisme des femmes s'articulent, négocient et essaient de se frayer une voie commune originale.
Sur la planète échangiste cela se traduit par des clubs qui s'affichent haut et fort comme « les vrais lieux échangistes », « [des lieux ] pour ceux et celles qui n'ont pas froid aux yeux… » « [pour]les vrais couples libérés », clubs fréquentés par nombre de « hardeurs» et « hardeuses » complètement plongé-e-s dans la culture pornographique et patriarcale. Quand d'autres lieux s'affirment plus « softs », plus « coquins »… Ce sont ces lieux que fréquentent les jeunes couples, ceux qui par négociation entre les conjoint-e-s, intégration des risques liés au sida… limitent les pénétrations sexuelles extérieures au couple pour privilégier «l'érotisme du regard», l'amour côte à côte, et les jeux plus raffinés.

Les petites annonces nous montrent comment la négociation des érotismes masculins et féminins, et les rapports sociaux de sexe qui les structurent, commencent à segmenter l'offre de rencontre sur la planète échangiste.

Petites annonces et lien social
Cela peut paraître surprenant, dans près de 25 % des petites annonces, les propositions sont accompagnées d'une demande de relations "suivies" ou "durables". Si certain-e-s annonceurs/euses recherchent des partenaires pour former un "Couple Swing" (un "couple Swing", c'est un couple de partenaires érotiques qui pratiquent ensemble l'échangisme dans les clubs, les lieux de drague...), 44 PA du type couple recherchent des pratiques ayant une suite, sur ces 44 demandes, 10 petites annonces sont issues du pôle érotique féminin, et 19 petites annonces du pôle érotique masculin. Au total 15 % des petites annonces de Swing 38 recherchent des partenaires durables.

Mais dans les PA, les relations sont aussi envisagées au delà des pratiques sexuelles. On souhaite les étendre au domaine sentimental, et on fait souvent allusion à "l'amitié" entre partenaires.

• (...) COUPLE, 29/34 ans, blonds tous les deux, très uni mais très motivé par l'idée de rencontrer un COUPLE sympa. ELLE, tendance très bissex, douce, très excitée à l'idée de se mélanger... dans le respect de chacun ; LUI, hétéro, cochon mais pas vicieux, très doux, adore le sexe. Désire connaître autre chose que la routine. Recherche avant tout un COUPLE à qui l'on puisse faire confiance où douceur, savoir-vivre et tact primeront... bien évidemment cela n'empêche pas d'être chaud. Rapports protégés, discrétion et hygiène seront de mise. Apprécie avant tout amitié d'un couple pour pénétrer son intimité ensuite (...)

Et nous avons été surpris-e-s de constater qu'un nombre assez important d'hommes seuls proposent à d'éventuelles partenaires de partager une vie commune. Bref, ils confondent la planète échangiste avec une agence matrimoniale (17).

L'invitation à créer du lien, selon l'orientation érotique, par type de petites annonces
Orientation Erotique =>
Type de petites annonces
Nombre de
PA par type
Pôle féminin
Pôle masculin
Pôle érotique
indéterminé
Couple
51
23
11
17
Hommes seuls
28
6
11
11
Femmes seules
2
0
2
0
Hommes travestis
3
0
2
1
Duos ou groupes/H
1
0
0
1
Duos ou groupes/F
0
0
0
0
Groupes mixtes
1
0
0
1
Duos Mixtes
1
0
0
1
Nombre de PA par pôle
87
29
26
32

On remarque, et cela paraît logique, que la recherche de liens est souvent liée à des formes féminines d'érotisme.

Les bisexualités
Traditionnellement, dans les sciences sociales qui s'intéressent aux sexualités, on lie homo et bi-sexualités. Et aussi traditionnellement, on décrit des hommes dits hétéro qui fréquentent les lieux gais. Un rapide passage dans les saunas « échangistes », l'écoute des conversations sur les lieux de drague pour couples où les « hommes seuls » essaient de se placer avec les couples, et les multiples interviews réalisées nous ont montré le réductionnisme de telles analyses.
Qu'en est-il dans les petites annonces ?

L'orientation sexuelle n'est pas mentionnée partout. Les tableaux suivants, extraits de l'étude de 1000 annonces de Swing 38, récapitulent les PA où elle est explicitement indiquée. Près de 65% des 388 petites annonces "couple", comprennent une -ou plusieurs- mention(s) indiquant l'orientation sexuelle des annonceurs/euses ; c'est le cas pour un tiers des hommes seuls et pour toutes les annonces de femmes seules. Sur 1000 petites annonces, 468 contiennent une-des information(s) indiquant l'orientation sexuelle des annonceurs/euses.
Bien évidemment, dans les espaces échangistes, l'hétérosexualité s'affiche comme une évidence. Mentionner son hétérosexualité revient donc à affirmer haut et fort sa non bisexualité. La petite annonce qui constitue un cadre conventionnel dans lequel se négocie au préalable le type de relations sexuelles possibles est un moyen de sélectionner les futurs partenaires.

Orientation sexuelle affirmée =>
Type de petites annonces t
Hétérosexuelle
Bisexuelle
Couples
68
258
Hommes seuls
42
121
Femmes Seules
0
16
Hommes travestis
0
14
Duos ou groupes/H
2
0
Duos ou groupes/F
0
1
Groupes mixtes
1
6
Duos Mixtes
2
15
Total
115
431

Maintenant, si on tient compte des demandes formulées dans l'annonce, le tableau est le suivant :

Orientation sexuelle affirmée =>
Type de petites annonces t
Demande
hétérosexuelle
Demande
hétérosexuelle
Hommes seuls
121
15
Femmes Seules
4
6
Hommes travestis
0
4
Duos ou groupes/H
2
0
Duos ou groupes/F
0
0
Total
127
25
% sur 1000
12. 70 %
2. 5 %

2,5% des 1000 petites annonces émanant d'hommes et femmes seules, d'(hommes) travestis cherchent des rencontres homosexuelles.

* Les hommes :

Orientation sexuelle et petites annonces non mixtes hommes.

Orientation affichée dans la PA
Demandes
Orientation sexuelle =>
Type petites annonces
Hétérosexuelle
Bisexuelle
Demandes
hétéro
Demandes
homo
Total pour PA non mixtes hommes
44
135
123
19
% pour PA non mixtes hommes
8. 17 %
25. 09 %
22. 86 %
3. 53 %

Pourcentage des Petites annonces avec au moins un homme et l'orientation sexuelle
Orientation sexuelle =>
Types de petites annonces
Nombre de
petites annonces
Hétérosexuelle
Bisexuelle
PA précisant
l’orientation
sexuelle
Hommes seuls
512
42
8. 2 %
121
23. 6 %
163
31. 8 % des
hommes seuls
Hommes travestis
19
0
14
73. 7 %
14
73. 7 % des
hom. travest.
Duos et groupes d'hommes
7
2
28. 6 %
0
2
28. 6 % des
duos/grp hom
Hommes en couples
388
59
15. 2 %
32
8. 2 %
91
23. 4 % des
hom en couples
Hommes en duo mixte
16
2
12. 5 %
1
6. 2 %
3
18. 7 % des
hom duo mix
Hommes en groupe mixte
22
1
4. 5 %
1
4. 5 %
2
9 % des
hom grp mix

964
106
11%
169
17,5%
275
28,5%

Près du quart des hommes seuls acceptent d'emblée des relations bisexuelles entre hommes, alors que 11% des hommes seuls annoncent d'emblée qu'ils n'y sont pas disponibles . « Dans l'annonce, pour avoir tes chances, faut ouvrir au maximum les possibles » nous disait un de ces hommes. Quant aux hommes en couples, si près d'un sur 6 annonce qu'il ne cherche que des relations hétérosexuelles, plus étonnant est de voir que seuls 8% déclarent leur quête d'hommes bi. C'est bel et bien dans cet espace qui comprend trois hommes en couples sur quatre que se cache ce qui n'est jamais visibilisé devant les femmes : les sexualités entre hommes. Dans les saunas et dans les clubs, d'autant plus dans les soirées dites « trios », autant nous avons vu des couples chercher des hommes bi, autant les caresses entre hommes sont toujours dissimulées. Retenons que même dans ce milieu homophobe composé de « grands hommes » (18) un homme sur 6 (17,5%) annonce sa bisexualité au préalable de la rencontre.

* Les femmes :
La bisexualité des femmes est pour de nombreux et nombreuses adeptes une évidence, beaucoup de personnes invoquent même Dame Nature pour le légitimer dans les interviews réalisées. L'échange sexuel des conjointes commence la plupart du temps par des caresses et des attouchements entre femmes. Dans d'autres cas, je l'ai déjà indiqué, elle constitue un bénéfice secondaire pour des conjointes qui cèdent aux désirs de leur mari. Les chiffres suivants : 2% des femmes qui limitent leurs rencontre à l'hétérosexualité et 56% des femmes accompagnées qui se déclarent bisexuelles, ne sont donc pas étonnant.


Pourcentage des petites annonces de femmes avec au moins un homme et orientation sexuelle.
Orientation sexuelle =>
Types de petites annonces
Nombre de
petites annonces
Hétérosexuelle
Bisexuelle
% de petites annonces précisant l'orientation
Femmes seules
35
0
0 %
16
45. 7 %
16
45. 7 % des
femmes seules
Duos et groupes de femmes
1
0 %
1
100 %
100 % des
duos/grp fem
Femmes en situation
conjugale
388
9
2. 31 %
226
58. 2 %
235
60. 5 % des
fem en sit conj
Femmes en duo mixte
16
0 %
14
87. 5 %
14
87. 5 % des
fem en duo mix
Femmes en groupe mixte
22
1
4. 5 %
5
22. 7 %
27. 3 % des
fem en grp mix3
Total PA avec au moins une femme
% pour PA avec au moins une femme
462
10
2,1 %
262
56,7
272
58. 9%

On le voit, les spécialistes des sciences sociales qui questionnent les sexualités auraient sans doute intérêt à se pencher sur les bisexualités vues du côté des hétérosexuel-le-s. Ceci semble en tous cas confirmer ce que j'expliquais déjà en 1991, lors d'un des premiers colloques scientifiques sur le sida (19): les catégories dites scientifiques utilisées pour penser les sexualités sont peut-être beaucoup moins scientifiques que les taxinomistes de tous ordres aimeraient nous le faire croire.

Transgression des normes sexuelles et érotiques... Inversion des rôles.
Les petites annonces montrent aussi des phénomènes que nous avons vu apparaître dans d'autres segments du social : les transgressions de genre. On a choisi de décrire et de comptabiliser les demandes renvoyant à deux types de transgression de l'ordre érotique et sexuel.

* Type 1 : L'inversion symbolique de la domination masculine : "hommes soumis, femmes dominatrices". C'est alors l'homme qui se trouve symboliquement "sacrifié sur l'autel de l'érotisme" pour reprendre la formule de Bataille, et la femme l'ordonnatrice du rituel.

• (...) HOMME objet, vicieux, exhibitionniste, naturiste, rencontrerait FEMME ou GROUPE de FEMMES ou COUPLES pour relations hard. Accepte d'être exhibé dans soirées ou autres. (...) Cherche DOMINATRICE pour séances de soumission (...)
• (...) Viens vers moi. Abandonne ta personnalité pour devenir l'espace d'un moment ou toute une vie, mon SUJET totalement soumis à ma volonté et à la satisfaction de mes caprices de FEMME exigeante.


* Type 2 : L'inversion symbolique de l'acte sexuel lié tels que "homme sodomisé par femme phallique".

• (...) SARAH, 22 ans (...) aimerait recevoir discrètement dans studio, HOMMES, COUPLES, FEMMES, ayant fantasmes de soumission et domination. Dispose de martinets, entraves, godes... Cherche aussi amateur pour lui fabriquer gode en cuir avec solides lanières pour qu'elle puisse sodomiser ses partenaires. (...)
• (...) BRUNO, 35 ans, rêve d'être la soubrette d'un COUPLE bissex très dominateur ou d'un TRAVESTI hormonée dominatrice. Fait fellation à Monsieur pendant que Madame le sodomise avec gode et vibro. Accepte aussi toutes propositions. (...) Hommes seuls exclus (...)

Remarque : dans le cas des petites annonces mixtes, il arrive aussi que les annonceurs/euses ne formulent pas la même demande.

• COUPLE, 40 ans : MOI (...) bissex, sensuelle et exhibitionniste ; LUI (...) sans tabou. Recherchons COUPLE ou JEUNE FEMME pour soirées coquines et câlines. (...). Mon Mari recherche aussi FEMME ou COUPLE dominateur (...).

Chaque petite annonce peut contenir plusieurs propositions de transgression : par exemple une petite annonce du type "un-e seul-e annonceur-se" peut proposer les deux transgressions et une petite annonce du type "couple" peut comprendre quatre propositions de transgression. Le total des petites annonces proposant des transgressions (86 petites annonces) est inférieur au nombre total des demandes de transgression (soit 95).

Petites annonces avec transgression(s).
Transgression =>
Type de petites annonces
Nombre
de PA
% de PA avec transgres-sion par type
Transgression
type 1
Transgression
type 2
Couples
9
2. 3 % des couples
10
2
Hommes seuls
65
12. 7 % des hommes seuls
56
14
Femmes seules
7
20 % des femmes seules
7
1
Hommes travestis
4
21% des hommes trav.
3
1
Duos ou grpes/H
0
0
0
0
Duos ou grpes/F
0
0
0
0
Groupes mixtes
0
0
0
0
Duos Mixtes
1
4. 4 % des duos mixtes
1
0
Total
86
8. 6 % du corpus
77
7. 7 %
18
1. 8 %

Sans développer ici plus avant, on remarque comment les transgressions affichées sont plus masculines que féminines ; et qu'elles sont peu présentes dans l'imaginaire sexuel des couples. Ce sont essentiellement des personnes seules, hommes ou femmes, qui proposent de franchir les frontières de genre. Cet ensemble hétéroclite émerge aussi dans les lieux commerciaux et constitue la première population-cible des soirées fétichistes et « S-M » (sado-masochistes).
En quatre années, nous avons vu se développer ce que nous qualifions de « greffe du S?M &r33">M » : arrivée de grands réseaux fétichistes déterritorialisés qui organisent des fêtes grande ville après grande ville, essais de reconversions d'établissements en perte de clientèle et soirées spéciales cuir, latex ou domination… Mais là où historiquement les pratiques sado-masochistes privilégiaient la cérébralité et la mise en scène, l'érotisation de la domination sans consommation sexuelle, la « greffe échangiste » cherche le jeu ET la pratique sexuelle, la cérébralité et le contact corporel, et parfois le fouet ET les pénétrations multiples. Nos observations ethnographiques dans ces soirées ont confirmé nos hypothèses sur l'aspect éminemment contradictoire des inversions de positions de sexe des hommes et des femmes. Certes, apparaissent des femmes « maîtresses », des hommes soumis aux désirs féminins, mais le cadre de ces rencontres reste fortement patriarcal. Ce sont — encore et toujours — les femmes qui sont le plus souvent attachées, flagellées, une femme « maîtresse » passe d'abord par le stade de soumise, voir « d'esclave » avant d'accéder avec l'accord des autres « maîtres » à celui d'initiatrice. Bref, l'inversion ritualisée de la domination masculine ne signifie nullement l'abolition des positions patriarcales. En se féminisant, des hommes « soumis » adoptent souvent des schèmes caricaturaux du féminin venant ainsi non pas infirmer, mais confirmer l'ordre des rapports de domination.
Je suis d'ailleurs assez étonné — y compris dans certains pans autodéclarés alternatifs de notre société — de la grandissante érotisation de la domination. En introduisant des confusions entre violences domestiques et pratiques qualifiées de violentes dans la sexualité, on ne fait que recomposer, sur un mode qui se veut plus désirant, la domination masculine.

L'échangisme : entre commerce du sexe et utopie
En se développant, les pratiques non-conformistes segmentent leurs activités. Sous couvert de « libertinage », le commerce dit échangiste concurrence en partie les activités traditionnelles de travail sexuel. Alors qu'avec des travailleurs et travailleuses du sexe chaque rapport sexuel est tarifé, aujourd'hui dans les soirées « trios » ou soirées « mixtes » (20) l'activité sexuelle est forfaitisée. Pour quelques centaines de francs (entre 250 à 600 F en province) un homme seul peut ainsi assister à des scènes sexuelles « live», consommer jusqu'à plus soif de la pornographie et très souvent avoir en même temps un ou plusieurs rapports sexuels. Le tout souvent autour d'un buffet avec vin à volonté. La concurrence avec la prostitution est rude ; et on comprend les récriminations de certain-e-s prostitué-e-s qui se plaignent de la baisse de clientèle. Cette dernière est facilitée par la chasse aux petites annonces dans les gratuits à laquelle se livrent certaines polices, et les P.V. pour racolage qui apparaissent encore ici et là. Une amie prostituée à Paris me disait récemment que bientôt elle n'aurait plus d'autre choix que d'aller travailler dans ces clubs et autres sex-shops, c'est-à-dire perdre une partie de la liberté qu'elle avait chèrement payée.

Mais on aurait aussi tord de limiter l'échangisme à ces aspects de marchandisation du capital sexuel des femmes et des couples. La visibilité des « boîtes à partouzes » et autres lieux de sexe, leur apparition grandissante dans les revues et les médias, l'extension et le rajeunissement de la population qui fréquente la planète échangiste, etc., invitent aussi à réfléchir sur le sens de cette nouvelle quête. S'agit-il d'une résurgence des tendances qui en 1968 sous couvert de sexologie criaient leurs désirs de libération sexuelle ? D'une tentative très familialiste de réifier le couple en élargissant la sphère de la sexualité conjugale ? D'une réaction aux discours mortifères sur le sida ? D'une tentative mercantilisée de dépasser les clivages de genre, d'associer les femmes (femmes épouses, femmes mères) aux jeux habituellement masculins ?
La sociologie compréhensive et phénoménologique, l'ethnographie de la sexualité, ont leurs limites disciplinaires. Certes, ce que nous avons observé à l'air de vouloir traduire une volonté de dépasser les frontières actuelles de l'érotisme. Reste à examiner l'évolution de la planète échangiste sur un plus long terme, notamment examiner comment ce milieu intégrera le risque sida, et s'adaptera ou pas aux évolutions des rapports sociaux de sexe en œuvre dans l'ensemble de nos sociétés.

En tous cas, ce sera l'objet d'un séminaire de réflexion européen qui se déroulera en Mars 1998 à Toulouse (21).

Toulouse, le 15 juin 1997



Notes

(1) Les arrières salles ou sous-sols de bars et /ou clubs qui se présentent comme des pièces très obscures, sans mobilier, et qui servent de lieux de rencontres sexuelles entre hommes.
La bibliographie est en fin d'article.
(2) J'utilise ici l'appellation vernaculaire. Ces établissements sont aussi appelés clubs « non-conformistes », « lieux libertins »…
(3) A.F.L.S. : Agence Française de Lutte contre le Sida ; DGS : Direction Générale de la Santé ; ANRS : Agence Nationale de Recherche sur le Sida.
(4) Un grand merci à Annie Roucolle, Christine Ortsmans, Michèle Arnaudies qui toutes, tour à tour, ont accepté de soutenir notre recherche-action. Dans l'ensemble de cette étude, j'ai été assisté par Isabelle Million, vidéaste. Ont aussi collaboré à cette étude Jean Marc Belot, Valérie Bourdin, Sandrine Durand, Jacques Laris, Jean Luc Raby, Sylvie Tomolillo, que je remercie très sincèrement.
(5) Couples contre le Sida : 21 Rue de Belfort - 69 004 LYON ; l'association diffuse des dépliants et des conseils de prévention.
(6) On peut citer Aries, Flandrin ou dans un autre registre Michel Foucault.
(7) Voir ainsi l'excellent ouvrage de Faizang Sylvie, Journet Odile, la femme de mon mari, Anthropologie du mariage polygamique en Afrique et en France, Paris, L'Harmattan, 1988.
(8) Nous avons utilisé le logiciel « lexico » créé par A. Salem pour analyser la revue Swing n°24. Lexico est un nouvel outil de statistique descriptive qui fournit des moyens rigoureux et entièrement nouveaux pour analyser le langage dans sa structure interne aussi bien que dans les relations qu'il entretient avec les contextes de sa production. Lebart L., Salem A. (1994) - Statistique textuelle, Dunod, Paris.
(9) Je remercie Jean Pierre Fiore, responsable de la revue Swing pour son aimable collaboration.
Cet article doit aussi beaucoup à l'asssistance des chargé-e-s d'études de l'association Les Traboules : Jacques Laris qui s'est astreint au traitement manuel des données de Swing 38, Céline Peyraud qui les a mises en forme, Yura Petrova, chercheure affiliée au CNRS (Paris) qui a réalisé l'étude lexicographique et Claire Parichon qui s'est plongée dans l'étude qualitative des lettres de réponse.
(10) Swing n°24.
(11) Savoir, comme on en a souvent débattu dans l'équipe de recherche, s'il s'agit d'une utopie masculine et/ou féminine, dans quelles conditions certaines femmes y adhèrent suite à une longue chaîne de concessions plus ou moins imposées par leur conjoint, ouvre sur un débat passionnant. Dans une société patriarcale, il n'existe pas d'espaces exempts de domination masculine et au même titre que j'ai rencontré de nombreuses femmes voulant mettre en forme une illusoire « pornographie antisexiste », on peut bien entendu être sceptique sur la réapproriation féminine d'« utopies » formulées préalablement par des hommes. Il n'en reste pas moins que, de mon point de vue, s'ouvre aujourd'hui une nouvelle période où se rénégocient les rapports sociaux de sexe, où femmes et hommes, essaient d'imaginer — et de vivre — dans la sexualité comme dans d'autres segments du social, un nouveau contrat conjugal.
(12) Alberoni Francesco, L’érotisme, (1987), Paris, Ramsay, p. 94.
(13) Ce qui ne signifie pas — et les évaluation chiffrées en sont la preuve flagrante — que j'assimile de manière moraliste tout érotisme masculin a de la pornographie. Certains hommes et certaines femmes adhèrent à cet éros, quand d'autres mettent en scène dans leur PA un érotisme dit féminin ou indifférencié.
(14) Cet article est trop court pour développer ici ce qu'il en est exactement dans nos interviews du cadre contractuel dans lequel se développe ces « négociations ». Ainsi pour certaines femmes les négociations se réduisent le plus souvent à poser des limites dans un cadre imposé. Dans certains couples, il y a négociation lorsque l'homme réalise qu'il y a péril pour son couple et/ou son désir à ne pas lâcher du lest face aux résistances de sa compagne parfois vécues sous formes de crises.
(15) Goffmann Erwin, Les rites d’interaction, Paris, Editions de Minuit, 1974, p 81.
(16) Expression reprise au titre de l’article de Lyotard “Cherche corps à jouir pour bêtes à plaisir, voyage au pays des annonces érotiques, in Quels corps, n° 50-51-52-Avril 1995
(17) Ce qui a d'ailleurs incité certain-e-s échangistes à créer une revue « Spécial mariage » dont la publicité est faite dans Swing.
(18) Dans la hiérarchie masculine, apprise dans la maison-des-hommes au cours de la socialisation masculine entre pairs, les grands-hommes sont ceux qui affichent du pouvoir et/ou de l'argent et/ou de « belles » femmes à disposition appelées aussi « femmes canons ». Les hommes s'annexent toujours le capital esthétique des femmes qui les accompagnent, ce qui n'est jamais symétrique pour les femmes.
Les grands-hommes, comme leurs pairs, doivent afficher une distinction hiérarchique permanente avec les femmes ou leurs équivalents symboliques que sont les homosexuels. Un « vrai » homme n'est pas une « gonzesse » ni un « pédé » apprend-on aux garçons. Sur ces notions, voir mes articles sur l'homophobie (1994).
(19) Welzer-Lang D., Dutey P., Pelege De Bourges P. « Orientations, catégories et homosexualités : questions sur le sens» in Pollack M., Mendes Leite R, Van dem Borghe J, Homosexualités et Sida, Actes du Colloque international des 13 et 14 Avril 91, Cahiers Gai-Kitch-Camp 4.
(20) Les soirées « trios » sélectionnent le nombre d'hommes seuls (en général un homme seul par couple présent), alors que dans les soirées mixtes l'entrée est ouverte à tous et à toutes.
(21) Pour tous renseignements sur ce séminaire s'adresser à l'auteur.



Bibliographie

Livres de Daniel Welzer-Lang
‡ 1988 : Le Viol au Masculin, Paris, l'Harmattan.
‡ 1991 : Les hommes violents, Paris, Lierre et Coudrier.
Réédition en 1996 par les éditions Coté femmes, Paris.
‡ 1992 : Arrête, tu me fais mal…, Montréal, Paris, éd. Le Jour, V.L.B.
‡ 1993 : Les hommes à la conquête de l'espace domestique, Montréal, Paris, Le Jour, V.L.B (avec J.P. Filiod).
‡ 1994 : Prostitution, les uns, les unes et les autres, Paris, Anne Marie Métaillé (en coll avec Lilian Mathieu et Odette Barbosa).
‡ 1996 : Sexualités et Violences et prison, ces abus qu'on dit sexuels en milieu carcéral, Observatoire International des Prisons, Lyon, éditions Aléas (avec Lilian Mathieu et Michaël Faure).

Ouvrages dirigés
‡ 1992 -Des Hommes et du Masculin (avec J.P. Filiod eds). Aix en Provence - Université de Provence - C.R.E.A., Université Lumière Lyon 2, CEFUP, Presses Universitaires de Lyon (Bulletin d'informations et d'études féminines, n.s.)
‡1994 : La peur de l'autre en soi, du sexisme à l'homophobie (ouvrage collectif coordonné avec Pierre-Jean Dutey et Michel Dorais), Montréal, V.L.B.
‡ 1996 : Les faits du logis : épistémologie et socio-analyse de la condition de l'opérateur (avec Laurette Wittner), Lyon, éditions Aléas.