Les Traboules, association de recherches sociologiques et ethnologiques

Textes: Article


Les violences masculines domestiques :
un oubli de la sociologie de la famille
(1)


Daniel WELZER-LANG

Contribution au séminaire "Famille/genre"
à paraître dans A chacun sa famille : approche pluridisciplinaire


1997




Voici les résultats de la dernière enquête publiée en mai 1997 :
20,7 % des femmes ont subi des violences physiques et/ou sexuelles au moins une fois dans leur vie ; 26,2% des femmes— soit plus d'une femme sur quatre — ont vécu de la violence psychologique au cours de l'année précédent l'enquête. Quand on étudie les femmes qui se sont séparées de leur mari au cours de cette même année, on constate que la prégnance de la violence est aussi élevée : elle atteint 20,3% pour la violence physique et 27,7% pour la violence psychologique…

Les chiffres sont importants… Toutefois, que les hommes vivant en France se rassurent : l'enquête est récente et réelle mais elle est Suisse (2). En France malgré de multiples tentatives de militantes associatives (3), et de chercheur-e-s, aucune enquête n'a vu le jour. Bien sûr des colloques, des appels d'offres de recherche, des fonctionnaires, se sont penché-e-s sur cette question. Mais les résultats sont là : on préfère ne pas savoir et surtout ne pas chiffrer et laisser les hommes violents officier en paix. L'état protège l'ordre patriarcal familial. Au mieux, on donne quelques subsides aux intervenantes pour accueillir et aider les femmes les plus maltraitées par leurs conjoints ou celles qui préfèrent la fuite en quittant tout (ami-e-s, environnement journalier, parfois leur travail) pour ne plus subir l'enfer domestique.
Mais, me direz-vous, la sociologie de la famille a certainement abordé cette question, de nombreux travaux d'étudiant-e-s ont dû voir le jour pour approfondir cette thématique ? Eh bien non ! Par leurs silences, les sociologues, dans leur grande majorité, cautionnent ce secret collectif dont on aimerait couvrir les paroles de femmes qui subissent des violences de leurs proches (4).

Pire encore est la régression du travail de prévention. Depuis 1987 trois centres pour hommes violents avaient vu le jour : Paris, Lyon, Marseille pouvaient s'enorgueillir d'offrir une aide aux hommes qui voulaient changer. Le centre de Paris a fermé en 1995, celui de Lyon en décembre 1996 et celui de Marseille a été obligé de se reconvertir… Aucune subvention ne leur a été accordée. Et lorsque, avec les amis avec qui nous avions créés le centre pour hommes violents de Lyon, nous quêtions quelques aides auprès des responsables administratifs nous avons entendu : « Ecoutez, c'est simple. Dites que vous travaillez sur la violence urbaine, les jeunes des banlieues… Et on vous subventionnera ». Peu importe que l'on sache aujourd'hui que la violence n'est pas limitée à la seule banlieue, peu importe que mes recherches sur les hommes violents comme d'autres (5) aient prouvé qu'un nombre important d'hommes ne sont violents QUE dans leurs familles. Et, même, peu importe que l'on sache qu'un homme violent à l'extérieur soit aussi violent dans sa famille. La seule violence qui dérange est celle qui menace l'ordre dans les espaces publics.

Pourtant, nous avons progressé dans la compréhension de ces phénomènes. A l'écoute des hommes violeurs, des hommes violents, des femmes et des enfants qui subissent, j'ai proposé dans ma thèse de doctorat d'analyser nos représentations collectives sur cette question comme un mythe moderne dans le sens que lui donne Roland Barthes (6).
Avant de décrire les mythes qui organisent nos représentations et pratiques liées aux violences domestiques, il n'est pas inutile de préciser et de définir de quoi je parle.


1 - Qu'appelle-t-on violences ?

Devant l'érosion, l'inflation et la banalisation des termes, il est important de rappeler ce que sont les violences domestiques. Les exemples cités sont extraits des propos des hommes violents eux-mêmes que j'ai regroupé en catégories d'analyses (7).
.
• Les violences physiques
Ce sont l'ensemble des atteintes physiques au corps de l'autre. Dans les interviews on trouve :
- taper, frapper, empoigner, donner des coups de pied, des coups de poing, des claques, frapper avec une arme de circonstance (couteau, bout de verre, bâton), un ustensile quelconque (casserole, balai, serviette…) ou un objet quelconque (cailloux, œuf, livres…).
- tirer les cheveux, brûler, lancer de l'eau ou des huiles bouillantes, de l'acide, pincer, cracher, jeter quelqu'un par la fenêtre…
- séquestrer (enfermer dans un placard, dans une cave), empêcher physiquement quelqu'un-e de sortir ou de fuir, faire des gestes violents en direction de l'autre pour lui faire peur.
- fesser, obliger l'autre à mettre la main sur un fil électrique dénudé, électrocuter.
- taper la tête contre un rocher, déchirer les vêtements, tenir la tête sous l'eau…
- mordre, étouffer, arracher un bout de doigt en mordant, casser le bras, les côtes, le nez.
- étrangler, tirer avec un pistolet, un fusil, poignarder, tuer.
Précisons qu'à part les hommes qui ont tué leur victime, aucun interviewé n'a eu à répondre de ses actes devant la justice.

• Les violences psychologiques
Toute action qui porte atteinte ou qui essaie de porter atteinte à l'intégrité psychique ou mentale de l'autre (son estime de soi, sa confiance en soi, son identité personnelle…) sera qualifiée de violence psychologique.
- insulter, énoncer des remarques vexantes, des critiques non fondées. Critiquer de façon permanente les pensées ou les actes de l'autre. Se présenter comme celui [celle] qui a toujours "la vérité", qui sait tout. Inférioriser l'autre, lui dicter son comportement, ses lectures, ses ami-e-s. Refuser d'exprimer ses émotions et obliger l'autre à exprimer ses angoisses, ses peurs, ses tristesses. Essayer de faire passer l'autre pour folle [fou], malade mentale, paranoïaque.
- menacer d'être violent, intimider, menacer de représailles, de viol (par des copains). Menacer de mort.
- utiliser le chantage, faire pression sur l'autre en utilisant l'affection ou le droit de garde des enfants, menacer de les enlever.
- la destruction permanente, la dénégation de l'autre, créer un enfer relationnel.
- le chantage au suicide en culpabilisant plus ou moins explicitement l'autre sur sa responsabilité.
- menacer de partir, de déporter sa femme (en la renvoyant "au pays").
- forcer l'autre à des actions vécues comme dégradantes : lui faire manger des cigarettes, lui faire lécher le plancher.
- contrôler sans cesse l'autre, ses allées et venues, ses fréquentations.
- s'arranger pour que l'autre vous prenne en pitié et cède.
- se moquer sans cesse des différences d'éducation (le rapport au bricolage, à la voiture) et nier le travail domestique effectué par sa compagne.

• Les violences sexuelles, ou violences sexuées
Les violences sexuelles ou sexuées correspondent au fait d'imposer son désir sexuel à un-e partenaire : violer, frapper, brûler les organes génitaux, imposer à l'autre de reproduire des scènes pornographiques, la prostituer contre son désir...
L'utilisation du terme sexuel pour le viol est compliqué. Foucault (8) disait qu'il n'y a pas de point de vue neutre dans le discours : on perçoit les choses en fonction de la place où on est. Pour les violeurs, le viol est sexuel. C'est clair et net, ça fait partie de leur sexualité. Pour les personnes qui ont subi un viol, ce n'est pas sexuel, c'est de l'humiliation, c'est un crime, et ce n'est pas leur sexualité. Donc, quand on qualifie le viol de sexuel, c'est comme si on se plaçait du point de vue du violeur. C'est une violence sexuée parce qu'elle appartient à une différence des sexes, à la domination d'un sexe sur l'autre, mais pourquoi forcément la qualifier de sexuelle ?

• Les violences verbales
En dehors du contenu des paroles, relevant le plus souvent des violences psychologiques, les violences verbales réfèrent plus au débit de parole, à la violence perçue dans la voix, le ton, les cris, c'est-à-dire au mode de communication.
- les cris qui stressent l'ensemble de la famille, le ton brusque et autoritaire pour demander un service, l'injonction pour que l'autre obéisse tout de suite.
- faire pression sans cesse sur l'autre en montrant son impatience.
- interrompre l'autre constamment en lui reprochant de parler, ou lui faire grief de ses silences en l'obligeant à parler.
- changer le sujet de conversation fréquemment, vouloir diriger la conversation sur ses seuls centres d'intérêts, ne pas écouter l'autre, ne pas lui répondre.
- ponctuer toutes ses phrases par des insultes ou des qualificatifs infamants pour les femmes : "putain", "salope", "conasse"…

• Les violences contre les animaux et/ou les objets :
Les atteintes aux animaux domestiques — en plus d'être injustes en soi — sont souvent recherchées pour faire peur en s'attaquant à des êtres qui ont une valeur affective pour l'autre.
Quant à la violence sur les objets, en plus d'être une brimade imposée à la personne qui les possède, elle exprime aussi le pouvoir et la menace de destruction de l'autre.

• La violence économique
Dans des pays comme la France ou le Québec où les femmes, de manière globale, gagnent à qualification égale des salaires moyens correspondant encore à moins des 2/3 des salaires masculins, la violence économique se définit comme le contrôle économique ou professionnel de l'autre.

• La violence contre les enfants
La violence contre les enfants correspond à toutes les activités qui visent à les atteindre dans leur intégrité physique, psychique ou sexuelle. Parmi celles-ci, nous retrouvons évidemment les punitions corporelles : les claques, les fessées, les électrocutions, mais aussi les brimades alimentaires, les viols ou les attouchements indésirés, les insultes...

• Et les autres violences...
Les catégories sont utiles pour décrire un phénomène, elles en réduisent toutefois la portée. Parmi les autres violences aperçues citons :

• La violence contre soi-même : celle-ci peut correspondre à des pratiques suicidaires. Elle est aussi souvent une occasion pour tenter de culpabiliser l'autre et obtenir satisfaction par la domination et le contrôle. Parmi celles-ci : les tentatives de suicide, les auto-mutilations…
• Le contrôle du temps : il s'agit pour l'homme non seulement de contrôler le temps libre de l'épouse ("qu'est-ce-qu'elle fait à l'extérieur de la maison ?") mais aussi de la soumettre à autorisation préalable (par exemple, le fait de sortir seule le soir). Mais plus généralement, il s'agit de l'attitude qui consiste à imposer les rythmes familiaux : les heures du lever et du coucher de la compagne sont alors calquées à partir de ceux de monsieur.
• L'isolement : quand, à cause de la jalousie du conjoint ou pour répondre à ses désirs, la compagne se retrouve seule, obligée d'abandonner ses ami-e-s, de refuser les invitations des voisin-e-s. Souvent, le conjoint et les enfants restent les seules personnes à qui elle peut parler.
• La violence contre autrui : la menace contre un travailleur social ou une travailleuse sociale, un-e policier-e ou un simple passant devient une occasion pour montrer sa violence virtuelle et contribue à faire naître ou à accentuer la peur de la conjointe.
•  Le chantage au départ : insécuriser l'autre pour éviter les discussions en menaçant de manière permanente de partir, de laisser l'autre sans ressources…

On s'aperçoit à la lecture de ce catalogue d'un genre particulier l'ampleur et l'importance que prennent les violences masculines domestiques. Il est temps maintenant d'examiner les mythes qui les légitiment.


2 - Les mythes modernes qui justifient et cautionnent les violences faites aux femmes

Un ensemble d'énoncés vient légitimer les violences masculines en nous donnant des auteurs un portrait exceptionnel loin des réalités domestiques. Je vais les résumer — très — rapidement.


A/ « La violence est naturelle, d'ailleurs les hommes sont plus fort que les femmes »

Par cet énoncé on confond force et puissance, et on occulte le fait que bien souvent les femmes travaillent plus que les hommes. La violence qui exprime la domination des hommes sur les femmes, leur volonté de leur imposer leurs désirs est « naturalisée » pour nous faire croire que l'on ne peut rien faire contre si ce n'est limiter quelques excès. De tous temps quand on a voulu justifier une oppression, on a invoqué la nature. Guillaumin (mai 1978 : 7) cite en exemple les propos d'Aristote justifiant l'esclavage (9):

"La nature tend assurément à faire les corps d'esclaves différents des hommes libres, accordant aux uns la vigueur requise pour les gros travaux et donnant aux autres la station droite en les rendant impropres aux besognes de ce genre."


B/ « L'homme violent est un fou, un monstre, un alcoolique, un homme qui sous l'effet de la colère perd son contrôle. Il appartient au milieu populaire, bref il existe un type d'homme violent »

L'ensemble des études montre que ces énoncés sont faux. Bien sûr, il est plus facile de frapper quand on est soûl et certains hommes violents sont aussi des psychopathes malades. Mais la très grande majorité ne l'est pas.
Comparer les hommes violents à des monstres et à des fous, permet aux hommes violents ordinaires de se déculpabiliser mais les empêche aussi de parler de leur quotidien sous peine d'être comparés aux portraits du mythe. Cela pousse aussi les femmes à relativiser leur propre vécu et les empêche de se rendre compte du danger à continuer à fréquenter un tel homme.
Arrêter de diaboliser les hommes violents est une première étape dans la reconnaissance de l'omniprésence du phénomène.
Quant à la colère « incontrôlable », 3 à 4 semaines dans un centre pour hommes violents apprend aux hommes à la maîtriser. La violence n'est pas une perte de contrôle, au contraire c'est un excès de désir de contrôle de soi et de ses proches.

Quant aux violeurs, le mythe nous dit que ce sont « des inconnus armés qui agressent sauvagement leur victime, la nuit », alors que l'on sait aujourd'hui que la majorité des viols sont commis sur les enfants, et sur les femmes par des proches, très souvent connus de la victime (famille, collègues, ami-e-s…) (10).


C/ « La femme violentée : elle le cherche, le provoque, ce n'est pas n'importe quelle femme qui est battue. Les femmes aiment ça ».

Puisque les hommes violents ne ressemblent pas aux images qu'on en donne, c'est qu'ils ne sont pas vraiment violents. Alors, le mythe nous propose une autre explication des violences subies par les femmes : « Elles le cherchent, les provoquent ! Voire, « elles aiment cela ! » Allez parler et demander de l'aide après une telle sentence !
Nos représentations de sens commun distinguent deux types de femmes violentées : les vraies victimes et les autres. Les vraies victimes correspondent aux femmes esclavagisées, celles qui subissent les violences les plus spectaculaires (qui font vendre la presse morbide) et dont, d'un commun accord, l'entourage et la société pensent que le mari exagère, d'autant plus quand il s'attaque aux enfants. L'immense majorité des autres femmes violentées est en permanence soupçonnée de trouver son compte dans les violences et/ou d'en être responsable. Cet énoncé oblige les femmes violentées au silence et à la honte. Imprégnées du mythe, une partie importante d'entre elles va aussi se culpabiliser que leur conjoint soit violent.


D/ « La violence, ce sont les coups, et les coups sont journaliers. la violence est grave quand elle s'exerce tous les jours, il existe différentes sortes de violences. Cela dépend de ce que l'on appelle violence… »

Qu'importe que les travaux des sociologues féministes américaines (Larouche : 1983, 1987 ; Walker : 1979, 1984 ; Mac Léod : 1980, 1987) aient prouvé depuis longtemps que la violence s'exerce en cycle, que ce cycle s'accélère dans une spirale où la fréquence et l'intensité des violences augmentent jusqu'à aboutir à la mort : mort physique, mort psychologique de femmes qui n'osent plus parler ou penser par elles-mêmes de crainte des réactions du conjoint.
Seules les victimes de violences peuvent nous en dire la gravité.
Mais qu'on sache que sans changement une claque, une simple claque, est TOUJOURS suivie d'autres violences plus graves si aucun événement ne vient interrompre la spirale de la violence.
En plus, beaucoup de femmes, pour ne pas être assimilées aux femmes battues déqualifient les violences subies. Et on entend souvent : « Il m'a donné un coup, mais il ne l'a pas fait exprès, ce n'est pas vraiment de la violence. »

A l'écoute de plusieurs centaines de témoignages détaillés, je me suis rendu compte que non seulement les hommes violents et les femmes violentées ne parlent pas toujours de la même chose lorsqu'ils énoncent les violences, mais en plus — ce qui m'a étonné — dès qu'ils quittent le déni, attitude défensive première, les hommes violents peuvent définir plus de violences que leurs compagnes. Autrement dit, nos catégories de définition de la violence sont aussi des prénotions qu'il faut déconstruire.

Les hommes violents définissent la violence qu'ils exercent sur leur compagne, comme un continuum de violence physique, psychologique, verbale, sexuelle, associé à une intention : intention de dire, d'exprimer un sentiment, un désir ou une volonté. « C'était pour lui dire,.. lui montrer » disent-ils dès qu'ils ont quitté le déni. Quant aux femmes violentées — lorsqu'elles ne sont pas sensibilisées à l'analyse de la domination — elles définissent la violence comme un discontinuum essentiellement composé -selon les femmes non conscientisées- de violence physique. Les violences physiques sont elles-mêmes définies de manière restrictive, comme des coups portés à main nue ou poing fermé (voire avec le pied), associés à l'intention de les faire souffrir.

Au cours de mon travail de thèse, et après, lors de l'écoute d'hommes violents et de femmes violentées, en France et au Québec, j'ai recueilli par la suite de multiples exemples de scènes qualifiées par l'homme de violence où la femme, à partir des regrets exprimés par leur compagnon, ou l'invocation d'excuses (la perte de contrôle, l'alcool, le hasard, l'acte fortuit), déqualifie les coups reçus pour les définir comme "des trucs durs, des actes douloureux", mais pas des violences. Les violences domestiques sont ainsi définies de manière plus large par ceux qui les contrôlent et les mettent en oeuvre, que par celles qui les subissent. J'ai appelé cela "le binôme de la violence domestique".

La violence et le viol sont des modes d'expression d'un rapport social de domination où l'un s'autorise à exercer des violences sur l'autre. Que l'on prenne le sujet par un bout ou un autre, qu'on se centre sur les femmes violentées ou les hommes violents, chaque fois nous avons à faire à une situation où l'homme pense être un homme normal donc quelqu'un qui dirige chez lui, quelqu'un qui sait mieux que ses proches ce qui est bien pour tous et toutes et quelqu'un qui estime logique d'obtenir les privilèges dus à son rang d'homme, de père, de mari.

Les violences sont indiscutablement liées à la domination masculine et aux privilèges accordés individuellement et collectivement aux hommes. Celui d'avoir une femme obéissante et servile n'est pas des moindres.
Il faut le dire et le répéter, l'afficher partout. Contrairement à nos représentations collectives qui culpabilisent les femmes d'être violentées, ce ne sont pas les femmes libres et autonomes qui sont les plus violentées, ce sont les femmes que les conjoints pensent pouvoir soumettre à leurs volontés.
Nous demandions, il y a quelque temps, à un homme violent qui justifiait la violence sur sa femme par la colère et la « perte de contrôle » pourquoi lorsque son patron lui faisait une remarque désobligeante il ne « perdait pas son contrôle ». Sa réponse ? « Ça va pas, je risque de perdre ma place ! » . Pour de nombreux conjoints, la banalisation des violences faites aux femmes leur vaut passeport et autorisation de les frapper. Les hommes ne frappent pas une femme qu'ils risquent de voir partir. Les hommes réagiraient différemment si nos attitudes collectives étaient moins « tolérantes ».


E/ « Et les hommes battus, les hommes violés ?»

Quoique extrêmement rare le phénomène des hommes battus existe. D'après l'ensemble des spécialistes (Rondeau et al : 1989 ; Dankwort : 1988) — et mes propres travaux confirment cette estimation — près de 1% des personnes victimes de violences seraient des hommes violentés par leur conjointe. Quelle belle symétrie ! Les hommes battus sont autant à aider que les femmes qui vivent ces phénomènes, mais qu'on arrête de nous faire croire que les phénomènes sont égaux.
Bien sûr, je sais pour les avoir entendus que beaucoup d'hommes violents sont persuadés d'être victimes de violences (verbales, psychologiques… ) de la part de leur conjointe (11). Qu'ils sont convaincus que leur violence est une réponse, et comme eux sont des hommes, donc sont plus forts… vous imaginez la suite. La liste des femmes violentées accueillies en urgence dans les hôpitaux est là pour étayer cette différence.
Les hommes battus ne sont jamais ces hommes en colère contre les femmes et le féminisme ; ces derniers en général, sont des hommes violents qui se cachent… Les hommes battus que nous avons écoutés et accueillis sont au contraire des hommes culpabilisés d'être hommes ; et les femmes violentes d'expliquer que leurs violences avaient pour objectif de les faire réagir…

Quant aux hommes ayant subi des violences dites sexuelles (12) — ceux écoutés dans mes recherches sur le viol, ou ceux entendus récemment dans l'étude sur la prison — la très grande majorité a été abusée par… des hommes. De plus, quand on examine les conditions des abus, on se rend compte que les hommes violés par d'autres hommes le sont pour les punir, leur imposer une image homophobe de virilité. Les hommes violés sont mis en position de femmes et considérés comme tels par les violeurs. Et en prison, les jeunes hommes, les travestis, les pointeurs (les violeurs) sont punis par le viol. Comme dans la maison, le viol en détention montre les rapports de force et les désirs sexuels de ceux qui dirigent et imposent leur pouvoir.


3 - Violences et homophobie

Ce qui est remarquable dès qu'on s'intéresse aux hommes et au masculin, c'est la logique de sens qui, dans l'éducation, associe masculinité et violences. Beaucoup d'auteur-e-s— je l'ai fait aussi — expliquent la violence contre les femmes en l'associant aux privilèges individuels et collectifs que retirent les hommes de la domination. Assez vite dans les interviews, je me suis rendu compte que les bénéfices directs de la domination ne semblaient pas épuiser le sujet. Dans l'éducation masculine, les garçons sont astreints à être dominants (donc violents) sous menace non seulement de perdre (du moins en partie) les attributs sociaux réservés aux hommes, mais aussi d'être traité par les hommes, comme des femmes, ou leur équivalent symbolique : « l'homosexuel ». Comprendre la perdurance de la violence faite aux femmes nécessite un détour du côté de l'identité masculine et ses rapports avec ce que nous avons défini comme l' « homophobie ».

La construction, et plus tard le maintien, de l'identité masculine se passent dans ce que j'ai qualifié de « maison-des-hommes » (Welzer-Lang : 1994b, 1996), en référence aux travaux de Maurice Godelier (13), à savoir des espaces monosexués qui, tels les cours d'école, les clubs de sports, les cafés, les prisons… sont des lieux où se pratique une compétition permanente entre hommes, compétition dont l'enjeu est la production et la consolidation de l'identité masculine et des privilèges qui lui sont attachés. Espace de sociabilité exclusivement masculin, la « maison-des-hommes » est aussi un instrument de la domination masculine qui tient une part de son efficacité de l'occultation des pratiques qui y ont cours. Toute domination repose en effet sur une dissimulation des pratiques des dominants : les femmes ne doivent pas avoir connaissance de ce qui se passe entre hommes. Mieux, chez nous, on arrive à leur faire croire qu'elles sont responsables de tout et du reste, y compris du fait que les hommes sont violents contre elles et leurs enfants.

Pour être un « vrai » homme, p'tit homme doit apprendre à être en concurrence permanente, à taire ses souffrances et se montrer lui aussi violent avec ses proches. L'éducation masculine apprend que seuls les hommes violents sont considérés par leurs pairs. Qu'un garçon affiche une sensibilité, qu'il refuse de se battre, d'apprendre les « jeux » violents et on le traitera de « fille », de « fillette », de « gonzesse », d' l'homosexuel, de « pédé ». Et à ce moment là — les témoignages sur les garçons abusés par d'autres hommes sont explicites (Welzer-Lang 1988, 1994b, 1996) — les hommes ainsi déqualifiés risquent d'être insultés, maltraités, violentés y compris sexuellement.

L'assimilation des hommes qui n'affirment pas de manière redondante des signes visibles de virilité à des « non-hommes », donc aux femmes et aux homosexuels (ce qui légitime leurs mauvais traitements), a été confirmée au cours de notre recherche sur l'homophobie. Avec Pierre-Jean Dutey, nous avons interrogé près de 500 personnes des plus contrastées en âges, classes sociales et appartenances politiques. Nous leur proposions de répondre aux questions suivantes : Avez-vous déjà rencontré des personnes dans la rue en vous disant : cette personne est homosexuelle ? Si oui, à quoi l'avez-vous reconnue ? Les réponses étaient anonymes, chaque répondant-e devant juste mentionner son sexe (homme ou femme) et son âge. Aucune différence significative n'est apparue quant à l'âge et au sexe. Des quelques 500 personnes, plus de 95% peuvent dire qu'elles ont identifié des homosexuel-le-s dans la rue et en décrire les critères de repérabilité. Parmi ceux-ci : le vêtement, les gestes, le ton du langage, qui chacun à leur manière décrivent des formes de féminisation. Alors que la question restait ouverte à la possibilité d'avoir rencontré aussi bien des femmes homosexuelles que des hommes, plus de 90% répondent à la question en ne signalant que les hommes homosexuels. Comme si l'homosexualité féminine était invisible et/ou n'existait pas.
Les critères de repérabilité qui servent à désigner l'homosexualité masculine sont éminemment convergents au sein de la culture occidentale actuelle. C'est bien de cela dont il est question. Peu de personnes ont pu donner comme traits identificatoires le fait que les hommes se tenaient par la main, qu'ils s'embrassaient ou qu'ils se caressaient dans l'espace public. Ce sont pourtant autant de signes qui pourraient légitimer davantage l'identification. Il y a donc assimilation spontanée d'une image non conventionnelle de la masculinité à une orientation sexuelle ; comme si l'homosexualité était stigmatisante en soi, et comme s'il s'agissait de confirmer la disqualification des individus qui se distinguent des hommes dominants, donc hétérosexuels.

Pour ne pas être assimilé et traité en femme, p'tit homme doit être sans arrêt sur ses gardes. La première violence que les garçons apprennent est une violence contre soi-même pour modéliser son corps afin qu'il ressemble à celui des « grands-hommes » vénérés, dont l'image se diffuse dans les médias. Quant aux faibles, aux moins forts, à ceux qui refusent un tel système, ils sont à leur tour violentés, abusés, bref, traités en femmes par les autres garçons. Sans même parler ici des privilèges que s'accordent certains « grands hommes » en abusant sexuellement les enfants. Dans plusieurs pays, dont le Québec, l'Eglise s'est excusée publiquement sur les différents abus subis par les enfants, notamment les garçons, dans les internats et groupes non-mixtes.
Nous avons ainsi défini l'homophobie comme le produit de la division hiérarchique entre hommes et femmes. L'homophobie est la discrimination envers les personnes qui montrent, ou à qui l'on prête, certaines qualités (ou défauts) attribuées à l'autre genre (Welzer-Lang et al : 1994b) (14). L'homophobie structure les rapports entre hommes à l'image hiérarchisée des rapports hommes/femmes. Les agressions que vivent — encore — les homosexuel?le?s sont un produit logique de cette éducation hétérosexiste où la famille patriarcale prétend être la norme.
Bien sûr, penser sociologiquement et politiquement la violence nécessite alors de quitter les segmentations actuelles où d'un côté on œuvre contre les abus sexuels, de l'autre on aide les femmes violentées et dans un troisième recoin on se préoccupe des enfants maltraités. La violence est un objet transversal qui s'exerce en chaîne selon la même syntaxe. Ceux (et celles) qui se pensent les plus forts l'utilisent pour réaffirmer leur autorité et leur pouvoir.


4 - Conclusion : Lutter contre les violences pour penser l'avenir

Voilà où nous en sommes. Des femmes depuis plus de vingt années en France dénoncent les violences qu'elles subissent ; des hommes se sont joints à elles depuis quelques années. L'ensemble des conférences internationales réaffirment sans cesse que les violences masculines domestiques sont un verrou aux libertés des femmes, mais aussi un verrou aux libertés des hommes. La violence enferme femmes et hommes dans le secret, la honte. La domination masculine, dont la violence est un des outils très performant (et dévastateur) nous contraint aux « prisons du genre » pour reprendre la belle expression d'Hurtig et Pichevin (16).
Reste à chiffrer la prégnance du phénomène en France. Il faut souhaiter que la volonté actuelle affichée par les pouvoirs publics de mener une étude française dépasse le stade du projet. Reste aussi, et cela est certainement corrélé avec les lenteurs administratives, à comprendre les blocages de la sociologie de la famille à aborder ces thèmes. S'agit-il d'un désintérêt ou de résistances ?


Notes

(1) Je remercie Sylvie Tomolillo pour sa relecture attentive de cet article.
(2) Gillioz et al., 1997 : 70. L'enquête, à laquelle j'ai collaboré, a comporté deux volets : une enquête quantitive portant sur un échantillon représentatif au niveau suisse de 1500 femmes vivant en couple, et une étude qualitative reposant sur une trentaine d'entretiens approfondis avec les femmes victimes de violences. Outre la mise en œuvre d'une problématique féministe postuler « que la violence dirigée contre les femme relève d'une problématique spécifique et n'obéit pas aux mêmes logiques que les autres formes de violences familiales » [ibid, p. 10], les informations factuelles sur l'ampleur du phénomène en Suisse, un des mérites de cette étude est le début de construction d'un « indice de dominance » qui permette de lier violences faites aux femmes et domination masculine dans le couple [ibid, pp 88 - 92].
(3) Signalons ici le travail considérable effectué par les militantes féministes de la Fédération Solidarité Femme qui regroupe de nombreux foyers d'hébergement pour les femmes victimes de violences et anime une permanence téléphonique pour les « femmes battues » 01 40 02 02 33.
(4) Entre la date de cette intervention et celle de publication de ce recueil, le Service du Droit des Femmes a confié à Maryse Jaspard la responsabilité d'une enquête nationale sur les violences envers les femmes en France. La première réunion du comité scientifique a eu lieu le 20 Juin 1997. Cela relativise, mais n'infirme pas, l'analyse des résistances françaises sur cette question.
(5) Rondeau et al. 1989.
(6) Barthes, 1970.
J'ai étudié le viol du côté des hommes en 1987 (Welzer-Lang, 1988) en interrogeant de manière semi-directive quinze hommes violeurs, en détention ou non, et cinq ans d'archives judiciaires sur les viols (16 dossiers). Par la suite, l'étude de la violence et des hommes violents, a surtout consisté à étudier le discours que tiennent les acteurs et les actrices de ces scènes. Ils ont été recueillis sur différents terrains d'enquête : — l'interview d'une trentaine d'hommes violents a été réalisé par un méthode dite de boule de neige à travers mes réseaux de fréquentation entre 1986 et 1989. S'y sont adjoints de multiples témoignages de femmes qui, spontanément, voulaient dire les violences subies, et de multiples observations, confidences, aveux… effectués par les hommes ; — l'écoute d'une vingtaine d'hommes venus au centre pour hommes violents de Lyon dont le témoignage a été recueilli entre janvier 1988 et décembre 1989 ; — l'étude de 14 dossiers d'instruction de cours d'assises, représentant plus de 3000 pièces de procédure, — et l'étude, au Québec des centres québécois pour hommes violents.
Les travaux dont il est ici question ont fait l'objet de multiples publications de ma part, y compris après ma thèse (Welzer-Lang 1987, 1991, 1992b, 1994b, 1996). En sociologie de la famille, comme en sociologie des rapports sociaux de sexe, il est parfois difficile et douloureux de revenir sans cesse sur des thèmes aussi bouleversants. Volontairement ici, j'ai choisi de présenter les principales idées clefs qui construisent nos représentations de la violence, laissant au lecteur, ou à la lectrice, le soin de découvrir par ailleurs les divers matériaux d'enquête qui m'ont fait avancer dans la compréhension de cette problématique.
(7) Cette typologie, à quelques variantes près, est aujourd'hui, en 1997, utilisée dans la plupart des études sur les violences faites aux femmes. Auparavant, seules les violences physiques avérées et visibles étaient prises en compte.
(8) Foucault, 1969.
(9) Aristote - "Politique 1, 5, 25"
(10) En ce qui concerne la proximité entre personnes violées et auteurs, rappelons que c'est à partir de l'enquête du sociologue israëlien Amir publiée aux USA en 1971, qui constatait que 56% des viols étudiés se déroulaient au domicile de la victime ou du violeur, que les premières remises en cause publiques du mythe du viol ont eu lieu. Depuis, l'ensemble des études a confirmé que plus de 50% des viols sur femmes et enfants est effectué par des proches de la victime.
(11) « Il faudrait faire des groupes d'hommes battus par les mots » m'a dit un jour un homme violent
(12) Attention aux qualificatifs. Le viol est certes « sexuel » pour le violeur, il l'est rarement pour la victime.
(13) Godelier : 1982.
(14) L'homophobie avait été définie par Weynberg dès 1992, comme la stigmatisation des homosexuels. Le terme est ensuite apparu en France sous la plume de Claude Courrouve (1977) puis il a progressivement été utilisé par les militant-e-s homosexuel-le-s. Dans l'étude que nous avons réalisée pour l'Agence Nationale de Recherche sur le Sida, reprenant les travaux québécois (Société Canadienne du sida : 1991), nous avons lié sa définition aux contructions hiérarchisées des genres, distinguant l'hétérosexisme (la stigmatisation de l'homosexualité et la définition de l'héterosexualité comme normale et universelle) et l'homophobie. Sur l'apparent paradoxe éthymologique du terme (s'agit-il des racines grecques ou latines), on lira le stimulant article de Pierre-Jean Dutey (Dutey : 1994). Le terme « homophobie » est rentré cette année dans les dictionnaires (Petit Larousse, Robert).
(15) Et notamment la 4ème Conférence Mondiale sur les Femmes qui s'est tenue à Pékin en septembre 1995.
(16) Hurtig, Pichevin : 1986




Bibliographie citée et/ou pour en savoir plus :

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- Barthes R.1970. Mythologies. Paris : Seuil. (1ère édition 1957).
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